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Dimanche à la Cartoucherie, "le fol espoir" de Lysias
Les Naufragés du Fol Espoir

Par Pierre-Emmanuel BLARD, élève avocat
Société d'avocats Lysias-Partners
Le dimanche 28 février, venant de Paris et de Marseille, les avocats de Lysias Partners se sont donnés rendez-vous à la Cartoucherie, située dans le bois de Vincennes, accueillis très chaleureusement par Ariane Mnouchkine.
Le Théâtre du Soleil accueille de nouveau la troupe d’Ariane Mnouchkine pour sa nouvelle création, cette fois-ci inspirée d’un roman signé Jules Verne, mais remanié en partie par son fils Michel, et publié en 1909, quatre ans après sa mort, sous le titre Les Naufragés du Jonathan.
Les Naufragés du Fol Espoir nous fait vivre le tournage d’un film muet dans le grenier d’une guinguette, le Fol Espoir, prêté pour l’occasion par son propriétaire, Monsieur Félix, un fou de cinéma. Le réalisateur y raconte l’histoire de migrants partis en bateau de Cardiff en 1895 pour rejoindre l’Australie, avant d’échouer en Terre de Feu.
Cette oeuvre théâtrale d’Ariane Mnouchkine, écrite avec la complicité d’Hélène Cixous, est une succession de magnifiques foisonnements suscitant chez nous de la tristesse parfois, des rires fréquemment, mêlant engagement politique et burlesque.
Alliant le cinéma – ou cinématographie - au théâtre, l’action nous transporte dans un tourbillon où se succèdent, à un rythme effréné, des scènes de tournage entrecoupées de moments de la vie des comédiens. Ce passage de la fiction à la réalité est mis en scène avec une telle virtuosité qu’on ne sait plus s’il faut sourire ou être ému.
Alternant petites histoires de tournage et grandes étapes de l’Histoire, le spectacle nous révèle une complicité entre comédiens, de nombreux doutes et colères d’un réalisateur engagé, des aspirations et états d’âme de certains personnages, tandis que l’Histoire défile à mesure que le tournage avance. Jaurès est tué. La guerre est déclarée le 3 août 1914. Le film n’est alors pas terminé.
Un contraste, enfin, entre le vide du grenier de la guinguette et le bazar magique du Théâtre du Soleil. Le manque de moyens du réalisateur le conduit à embaucher des comédiens non professionnels, à fabriquer des décors parcellaires, à dénicher des astuces de tournage. Contraste donc avec les coulisses du Théâtre du Soleil qui regorgent de décors, costumes, coffres, instruments de musique, poulies et cordes.
Ariane Mnouchkine nous embarque dans un tournage usant de tous les trucages de l’époque : utiliser la neige artificielle et un ventilateur afin de la représenter tombant du ciel, jouer avec les lumières afin de passer du jour à la pénombre, en passant par la tombée de la nuit, secouer de fins matelas pour imaginer les vagues d’une mer déchaînée.
Voilà ce que sont Les Naufragés du Fol Espoir… l’espoir d’un bonheur… toujours différé !
Mais ces naufragés sont avant tout des comédiens dont l’esprit de troupe, primordial chez Ariane Mnouchkine, en constitue presque un personnage à part entière. Sous l’autorité maternelle d’Ariane Mnouchkine, la hiérarchie entre les comédiens n’existe pas, les privilégiés n’y ont pas leur place. Tous participent, à égalité, pour donner vie à la pièce, assemblant les décors, les démontant, toujours ensemble…
Au bout de quatre heures de spectacle, la pièce s’arrête en pleine tempête. Nous, voyageurs éblouis, ballotés, étourdis mais consentants, avons le souffle coupé.
On se lève silencieux et on n’a qu’une seule envie : remercier cette grande dame, Ariane Mnouchkine !
Et c’est ce que nous avons fait avec bonheur !


