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| 24 October 2011
Par Me Jean-Pierre MIGNARD
Docteur en droit, Avocat associé au Barreau de Paris, Maître de Conférences à Sciences Po Paris
Et Me Ivan TEREL
Diplômé de l'ESSEC, avocat au Barreau de Paris, société Lysias Partners
A l’occasion d’un discours prononcé le 3 octobre 2011, au Mémorial de la Shoah, Monsieur le Bâtonnier de Paris, notre confrère Jean Castelain, a admis la faute commise par l’Ordre des avocats de Paris durant les sombres années de l’occupation, dans des termes dénués de toute ambiguïté :
« … je souhaite aujourd’hui dire clairement, afin qu’il n’y ait aucun doute dans l’esprit de quiconque, qu’en abandonnant à leur sort nos confrères juifs, notre Ordre a commis une faute dont il répond devant l’Histoire et qu’il a manqué aux principes fondamentaux sur lesquels il repose. »
Il nous faut saluer ce geste de reconnaissance comme la clarté des propos de Monsieur le Bâtonnier qui viennent enfin balayer les discours officiels méandreux qui ont pu être entendus durant les soixante-dix années qui nous séparent désormais de cette période d’horreur.
Nous nous souvenons que dès 1997, dans un ouvrage à l’époque fracassant, intitulé un antisémitisme ordinaire, Robert Badinter avait déjà mis en lumière l’incroyable démission du Barreau de Paris à l’égard de ses membres « israélites ».
L’effigie du Bâtonnier de l’époque, Jacques Charpentier, reste toujours accrochée aux murs du Palais de Justice de Paris, sur le chemin qui amène nos jeunes confrères de la bibliothèque du barreau à la 1ère chambre de la Cour d’Appel où ils vont prêter serment.
A ce portrait a certes été depuis accolé celui du sénateur, mais également avocat, Pierre Masse, déporté à Drancy et décédé à Auschwitz. L’emplacement est certes d’un goût douteux. Alors qu’il était transféré de Drancy vers une autre destination, Pierre MASSE adressait le 13 décembre 1941 une lettre à son Bâtonnier dont les mots laissent sans voix :
« Monsieur le Bâtonnier,
Je suis appelé. Je vais probablement mourir. Je suis venu ici comme avocat. Je mourrai, j’espère dignement, pour ma Patrie, ma Foi et mon Ordre.
Dites à mes confrères que je les remercie des honneurs qui ont accompagné ma vie professionnelle.
J’en emporte une juste fierté.
Je vous recommande mon fils.
Je finirai en soldat de la France et du droit que j’ai toujours été.
Bien vôtre, en toute amitié et en déférent respect.
Pierre Masse »
Le Bâtonnier Castelain l’a rappelé dans son discours : « on n’échappe pas à ses responsabilités ». Le souvenir enfin éclairci des dérobades du passé nous rappelle que la vigilance est impérative, hier comme aujourd’hui. Notre ordre, s’il veut respecter sa mission, son rôle au sein d’une société démocratique, doit être mobilisé contre toute atteinte aux droits les plus fondamentaux de l’Homme, où qu’elles se commettent.
Rappelons-nous que derrière la froideur de certains textes de loi se cachent parfois les plus vils desseins.
Cette mémoire enjoint notre ordre à davantage de responsabilité. Il en va de l’honneur de notre profession et du respect de notre serment qui fait de l’avocat un peu plus qu’un « prestataire de services juridiques ».
Autre actualité de ce travail de mémoire, le journal en ligne Mediapart, dont nous sommes par ailleurs les conseils, a lancé en partenariat avec l’association Au nom de la mémoire, un appel pour « une nouvelle fraternité franco-algérienne » et la reconnaissance du massacre à Paris de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961.
La reconnaissance officielle de l’impitoyable répression de la manifestation du 17 octobre 1961 participe d’un indispensable processus de soulagement des consciences et nous l’appelons de nos vœux. C’est le préalable nécessaire à une coexistence enfin apaisée avec le peuple frère d’Algérie. Nous évoquions ce triste anniversaire il y a quelques jours déjà.
La mémoire ne se divise pas.




